Première rentrée en maternelle : à l’école des grands

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La rentrée à la maternelle est un âge charnière de l’enfance qui va bien au-delà du simple statut d’élève. C’est l’enjeu d’un accès à l’autonomie qui, de la propreté à la parole, est source d’angoisses pour les parents plus que pour les enfants. Parce qu’ils savent l’épreuve qui attend leur cher petit, bien des adultes n’arrivent qu’à transmettre des appréhensions quand il faudrait surtout dédramatiser…

Même si certaines écoles disposent de classes de tout petits (2ans-2ans et demi), la grande majorité des maternelles accueillent les enfants à partir de 3 ans révolus. La petite section, puisque c’est ainsi qu’elle se nomme dans les textes officiels, fait entrer votre enfant dans les apprentissages premiers. Autonomie, hygiène, langage, perception du temps et de l’espace, conscience progressive de leur corps et de ses possibilités… pas de quoi en faire une montagne ni de se mettre la rate au court-bouillon ! Les maîtres mots sont « plaisirs d’apprendre » et « amusement ».

Première inscription, premiers émois…

Pour entrer à la maternelle, un enfant doit être propre. C’est souvent la première source d’angoisse des parents qu’ils font peser sur leur enfant quand, à l’approche des 3 ans, il peine à se passer de couches. N’hésitez pas à reculer de quelques mois sa scolarisation plutôt que de créer une fixation sur la question de la propreté. Profitez aussi de l’été qui précède pour laisser les fesses de votre grand bébé à l’air libre. Le priver de couche et en faire un jeu est sans doute le meilleur moyen de lui apprendre à s’en passer. Et puis, vous avez une bonne machine à laver, non ?

L’inscription de votre enfant à la maternelle se fait en général au bureau des écoles de votre mairie. On vous communiquera le nom et l’adresse de l’école dont dépend votre domicile pour que vous puissiez prendre un premier rendez-vous avec la directrice (ou le directeur). Le choix de l’école ne vous appartient pas à l’école publique.

Grande première

« Tu es grand, tu vas aller à l’école ». Cette formule quasi rituelle dit tout de l’enjeu et de la pression qui pèsent sur la famille devant ce premier jour d’école. Entre les pleurs et la séparation, les parents se sentent impuissants. Comment préparer les enfants à cette rentrée ? Comment répondre aux inquiétudes des parents qui appréhendent parfois ce moment important de la vie de leur enfant ? Que signifie cette rupture pour l’enfant ? Un livre, « Petite école, grande rentrée », vient de paraitre aux éditions Bayard. Il propose un tour d’horizon complet pour répondre à ces questions. Rencontre avec son auteur, une spécialiste de la petite enfance.

Interview

Myriam Szejer, pédopsychiatre, fait paraitre à l’occasion de cette rentrée 2011 une analyse des enjeux de ces premières rentrées des classes. Des conseils précieux pour les parents…

Côté mômes – Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Myriam Szejer – J’avais déjà écrit un premier livre, qui était un manuel sur le même thème, mais je trouvais qu’il faisait un petit trop guide pratique. J’ai voulu le refaire sur la forme d’un essai un peu plus approfondi. L’idée est de pouvoir aider les parents à accompagner au mieux leur enfant, pour ce moment qui me parait symboliquement extrêmement important, l’entrée a l’école maternelle.

CM – Comment rassurez des enfants qui rentre à l’école pour la première fois ?

MS – Il faut les préparer. Il faut leur expliquer d’une part ce qu’ils vont vivre, de manière à ce qu’il y ait des mots qui leur permettent d’anticiper les choses. Et d’autre part, leur dire pourquoi ils vont aller à l’école. Il est important de dire aux enfants pourquoi les parents les envoient à l’école maternelle, parce que ce n’est pas obligatoire. Ca n’a pas le même sens pour tout le monde. Pour certaines familles, ça a un sens de les mettre en collectivité, pour qu’ils apprennent à vivre avec ceux de leur âge, et selon des règles strictes, en dehors d’un maternage. Pour d’autres c’est comme un équivalent du travail des parents, les enfants sont sensibles à ca. Et pour d’autre encore ca va être la possibilité de ne plus avoir à payer la crèche ou la nounou.

CM – Les parents ne parlent pas assez avec leurs enfants ?

MS – Ils parlent trop ! Ils leur racontent tout et n’importe, mais ils oublient parfois de leur dire les choses qui les concernent, et c’est ça dont ils ont besoin.

CM – Que conseillez-vous aux parents qui sont parfois plus angoissés que leurs enfants ?

MS – Si le parent a le sentiment d’être angoissé, il faut qu’il en parle. Si pour lui ca s’est mal passé qu’il puisse lui dire qu’il veut que pour son enfant ca se passe mieux. Ca ravive des conflits qu’il a eu avec l’école, des mauvais souvenirs, et expliquer qu’il n’est pas obligatoire que ca se passe comme ca pour lui, au contraire. Si la mère est angoissée, il faut que le père s’en occupe. Les pères sont souvent moins angoissés.

CM – Comment les parents doivent-ils participer à la vie scolaire de leurs enfants ?

MS – Le moins possible. Il faut qu’ils foutent la paix à leurs enfants. De façon à ce que l’enfant puisse investir le lieu, comme étant son lieu à lui. Il y a des enfants qui ne veulent rien raconter. Il faut les laisser comme ça. Ils prennent possession de l’école, ce qui est bien. Il faut qu’il garde cet univers. Le lien doit se faire avec la maîtresse ou le maître, même le directeur de l’école, avec lesquels un lien existe pour avoir un retour. Sans pour autant être trop envahissant. Si tout va bien il n’y a aucune raison d’assaillir la maitresse.

CM – Comment avez-vous vécu la première rentrée de vos enfants ?

MS – C’était dur. Je pense que c’est difficile pour toutes les mères qui se sentent maternantes. L’école maternelle, c’est la fin du maternage, il n’y aura plus quelqu’un qui sera à l’écoute des petits soucis de l’enfant. Ils rentrent dans une collectivité où ils vont être à la même enseigne.

CM – Pensez-vous que le système scolaire est bien adapté ?

MS – Je le trouve à la fois formidable pour les enfants et les femmes qui veulent travailler, en même temps on est tendance à calibrer les enfants, il faut tous qu’ils en soient au même point au même âge, or dans une année, ils ont parfois un an de différence, donc ça fait des décalages à cette âge là extrêmement important. Après ils ont leur caractère et leur compétence, une plus grande souplesse sur la vitesse à laquelle ils vont faire leurs acquisitions serait nécessaire.

Petite école, grande rentrée

De Myriam Szejer, Bayard éditions, 16 €

Myriam Szejer est pédopsychiatre et psychanalyste. Elle exerce à la maternité Antoine-Béclère de Clamart où elle suit les femmes et les nouveau-nés. Elle a fondé l’association « La cause des bébés » avec Catherine Dolto et Caroline Eliacheff et la collection du même nom. Auteur de Ces neuf mois-là, une approche psychanalytique de la grossesse et de la naissance (Robert Laffont), Des mots pour naître (Gallimard), Les femmes et les bébés d’abord (Albin Michel) et Si les bébés pouvaient parler aux éditions Bayard. Elle a co-dirigé l’Encyclopédie de la naissance avec René Frydman, qui vient de paraître aux éditions Albin Michel.

Conseils pratiques

Adieu crèche, nounou, halte-garderie… bébé a grandi et se prépare à mettre son premier cartable sur le dos. Une liste bien utile de conseils pour que sa rentrée et ses premiers jours se passent pour le mieux.

Reconnaissance

Pour que le premier jour ne soit pas trop vertigineux, vous aurez pris soin de « reconnaitre » le terrain avec votre enfant. Des journées portes ouvertes offrent souvent une telle occasion. Faire plusieurs fois le trajet de votre domicile à l’école, prendre rendez-vous avec la maîtresse, dans la mesure de ses disponibilités, servira aussi de repère pour que votre enfant apprivoise cette grande étape.

Autonome mais sans pression

Bien-sûr, il est nécessaire que votre enfant soit propre en entrant en petite section, mais on ne lui reprochera pas de petits incidents de parcours qui sont bien compréhensibles à son âge, surtout pendant une période d’adaptation à un nouveau rythme. Votre rôle de parents est de l’aider à vivre au mieux ces accidents et de tout prévoir pour que l’incidence soit la plus minime possible. Vêtements de rechange remis à jour (votre enfant grandit !), marqués à son nom… il est de plus important de lui apprendre peu à peu à s’habiller et se déshabiller sans aide. Pour cela, des vêtements confortables et aisés à retirer sont primordiaux. Plus il sera à l’aise dans sa nouvelle vie d’élève, plus il s’y sentira valorisé.

Sans doudou, dur, dur !

Si l’autonomie est essentielle, il ne faut pas ignorer pour autant que l’enfant qui entre en maternelle a un grand besoin d’être rassuré. Le droit au doudou est essentiel en la matière. Ce que la psychologie désigne sous le nom d’objet transitionnel, joue un grand rôle dans la vie quotidienne de votre enfant à l’école. C’est son ancrage avec la maison, les câlins de maman et papa, son identité. Si votre enfant n’est pas particulièrement entiché d’une peluche, une photo, un vêtement, un livre ou n’importe quoi d’autre fera l’affaire. Et s’il décide de s’en passer, c’est que tout va bien et qu’il n’est pas inquiet. Le droit au doudou ne signifie pas « doudou obligatoire ».

Ré-gu-la-ri-té !

Une pratique régulière de l’école est la condition sine qua non pour que votre enfant s’y épanouisse et apaise ses appréhensions. S’il s’absente au gré de vos disponibilités, il percevra l’école comme un pis-aller quand les parents ne sont pas là. Il est important de le plier, et donc de vous plier, au fonctionnement de l’école et aux rythmes qu’elle impose. Notamment les heures d’arrivées du matin. De plus, être ponctuel permet de se séparer sans précipitation, donc sans angoisse. Dans les maternelles qui pratiquent un accueil dans la classe, c’est aussi l’occasion pour votre enfant de vous faire entrer dans l’univers de son école, de jouer avec vous à ses activités préférées… c’est aussi la possibilité d’échanger avec la maîtresse (ou le maître) sur l’évolution de votre enfant. Une transition en douceur donc, à laquelle il faut aussi savoir mettre un terme sans éterniser les « au-revoir ».

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