Le sang du cordon ombilical : des ressources inestimables

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20 ans après la première greffe mondiale de cellules souches sanguines issues du sang du cordon ombilical par le Pr. Eliane Gluckman à Paris, la demande a explosé. Pourtant, en France, seule une douzaine de maternités réalisent le prélèvement de sang de cordon. Pourquoi ? Le point avec le Dr. Isabelle Desbois, de l’Etablissement Français du Sang.

Côté Mômes : à quoi sert le sang du cordon ombilical ?

Dr. Isabelle Desbois : A la fin des années 80, on a découvert que le sang placentaire ou sang du cordon ombilical contenait des cellules souches « hématopoïétiques » équivalentes à celles contenues dans la moelle osseuse, qui peuvent « réparer » les systèmes sanguins malades en générant les cellules sanguines nécessaires à l’organisme.

En 1999, la constitution d’un stock d’Unité de sang placentaire (USP) a commencé en France, pour soigner des maladies de la moelle osseuse ou du sang type leucémies, lymphomes, hémoglobinopathies et aplasies médullaires.

Côté Mômes : La greffe de sang de cordon ombilical n’est-elle pas limitée aux enfants ?

Dr. Isabelle Desbois : Une unité de sang placentaire (70 à 100 ml) contient un certain nombre de cellules souches, mais dix fois moins que dans un prélèvement de moelle osseuse. Du coup, les unités n’étaient utilisées au départ que pour traiter des enfants ou des personnes de moins de 50kg.

Mais en 2004, révolution : on a découvert qu’on pouvait greffer deux unités différentes à une même personne ! Le nombre de patients potentiellement concernés par cette thérapie a alors explosé, d’autant qu’un prélèvement de sang de cordon est bien plus facile à réaliser qu’un prélèvement de moelle osseuse. Il exige aussi une moindre compatibilité entre donneur et receveur.

Pour prélever du sang de cordon, on fait une ponction très rapide (5 à 10 minutes) quand le cordon ombilical vient d’être coupé et que le placenta est encore dans l’utérus de la mère. C’est absolument indolore et sans danger pour la mère et l’enfant.

Côté Mômes : Pourquoi le stock français de cellules souches est-il si faible ?

Dr. Isabelle Desbois : En France, nous avons fixé de nombreux facteurs de qualité en dehors desquels nous ne gardons pas de prélèvement. Ainsi, nous avons fixé un seuil limite de 2 millions de cellules souches par unité de sang prélevé. Au final, seuls 30% des unités prélevées sont utilisées…

Nous sommes les premiers au monde à avoir mis des critères de sélection sur les unités de sang placentaire. Résultat : notre stock d’USP est limité en comparaison d’autres pays (6 632 USP en France fin octobre 2008, contre 30 000 en Espagne). Mais de part sa qualité et sa richesse cellulaire, ce stock français fait partie des trois premiers mondiaux les plus utilisés !

Malgré tout, 60% des unités greffées en France sont aujourd’hui importées, car la demande est bien plus importante que l’offre depuis 2004.  On ne pourra de toute façon jamais réunir l’ensemble des caractéristiques HLA (critères de compatibilité) dans un seul stock, mais si on pouvait déjà en importer moitié moins, ce serait super…

Côté Mômes : justement, quelles mesures ont été prises pour renforcer la collecte de sang du cordon ombilical ?

Dr. Isabelle Desbois : L’objectif fixé par l’Agence de la biomédecine est d’atteindre les 10 000 USP en stock en 2010. Pour cela, la France va augmenter à la fois le nombre de sites de préparation et de sites de stockage;  et le nombre de maternités proposant le prélèvement aux parents. Actuellement il y a neuf maternités qui le proposent en France, autour de deux sites de préparation et de stockage (à Besançon et à Bordeaux).

D’ici fin 2009, on comptera donc cinq à dix maternités de plus et cinq banques publiques supplémentaires (à Lyon-Grenoble, Créteil, Montpellier et Poitiers). Cela semble peu au regard des 600 maternités du territoire, mais il faut savoir que la collecte du sang de cordon coûte cher, notamment en transport adapté et en formation du personnel, en préparation et en stockage.

En parallèle, des banques privées se sont développées un peu partout dans le monde (mais pas en France où elles sont interdites). Le prélèvement de sang de cordon y est payant, et au seul usage éventuel de la famille. Certaines de ces banques proposent toutefois aux parents d’inscrire le prélèvement de sang de cordon de leur enfant  sur un registre public, ce qui augmente le nombre d’USP potentiellement disponibles. Marie-Thérèse Hermange, sénatrice, a fait une proposition de banques « mixtes » (publique/privée) sur ce principe, mais pour moi celles qui existent déjà (en Espagne et en Italie) ne sont pas fonctionnelles. Elles ne bénéficient donc pas à tous ceux qui en ont véritablement besoin…

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