Le mariage, et après?

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1 couple sur 2 divorce à Paris. 1 sur 3 en province. La durée moyenne d’une union est de 8 ans pour les couples non mariés, 13 ans pour ceux qui se sont passés la corde au cou ou la bague au doigt, ça dépend. 13 ans, ça parait court pour certains, exagérément long pour d’autres qui, à genoux, implorent et font appel pour une peine moins longue, plus clémente. Mais soyons réalistes, le couple comme toute autre addiction, on sait que ça fait mal et pourtant, non seulement on essaie tous mais en plus, on en redemande.Selon le Larousse, le mariage est un acte solennel par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union […]. Dans les contes, c’est ce qui arrive quand le prince charmant se décide enfin à grimper les quelques marches de la tour pour embrasser sa belle. Et dans la vraie vie, le mariage c’est quoi au juste ?

Mariage, être seuls à deux ?

Deux signatures devant témoins, preuves à l’appui, desquelles découle soit une succession de concessions, privations, inhibitions et frustrations le tout avec le consentement de deux protagonistes, soit une cascade de roucoulements, de m’amours coulants et collants, un rêve devenu réalité de deux êtres pourtant conscients, apparemment sains de corps et d’esprit.

Tel un indice fiable de l’intégration d’un individu dans la société, le mariage est un petit acte en apparence anodin qui nous fait entrer en un instant dans un monde jusqu’alors inconnu, celui des gens biens sous tous rapports, citoyens modèles partageant la même déclaration d’impôt, prêchant la monogamie comme déclaration suprême d’amour.

Le mariage, c’est ce qui fait que du jour au lendemain, le dance floor prend la forme d’une table ronde en chêne où d’autres couples mariés prennent place, ce qu’on appelle entre nous, un dîner entre nouveaux meilleurs amis, remplaçant nos anciens meilleurs potes, restés eux célibataires donc peu fréquentables. L’halogène a remplacé les spots light et les conversations tournent plus autour des campagnes électorales que d’une barre en métal pour stripteaseuses.

Bref, le mariage, c’est grosso modo un aller sans retour vers le monde adulte, avec ses problèmes, ses agacements comme les énumère si précisément Jean-Claude Kaufmann, sociologue, directeur de recherche au CNRS, dans son dernier ouvrage « Agacements, Les petites guerres du couple* » à savoir : le tube de dentifrice, le repassage, les belles-mères, le ménage, les enfants, les ex et accessoirement la libido…

Vie à deux: l’enfer c’est l’autre?

Le mariage ne serait-il pas parfois la rançon à payer pour ne plus dormir seul(e), passer ses week-ends seul(e), aller au cinéma seul(e) ? Les mobiles ne manquent définitivement pas, aussi nombreux que sont les sacrifices, Catherine Castro l’écrit d’ailleurs très justement dans son livre « A bout de couple** » :

« Qu’acceptez-vous pour rester en couple ? Ne pas vous moucher à table parce que l’autre trouve ça dégueulasse, vous maquiller tous les jours sinon il vous trouve moche, vous affamer sinon il vous trouve grosse, ne plus jouer au foot le dimanche sinon elle vous fait la gueule […], attendre pour aller se coucher parce que l’autre ne veut pas que vous vous endormiez sans lui (elle) […]. On n’imaginera jamais quelles concessions les gens sont prêts à faire pour préserver leur confort. Ne pensez pas que j’ignore combien sont ennuyeuses mais rassurantes ces soirées devant la télé, mortels mais anxiolytiques ces dîners à deux […] ».

Couple en crise: la guerre du couple

Pessimiste, réaliste ? Les points de vue dépendent du nombre d’années de mariage que chacun a à son compteur. Une chose est sûre, aussi noir peut-on peindre le tableau du couple, ils sont peu les célibataires qui souhaitent le rester, tous veulent rentrer dans la secte des gens biens sous tous rapports ou comme le dit Catherine Castro, les AOC « Adeptes de l’Ordre Conjugal ».

Prenons le célébrissime et CULtissime site Meetic : 16 pays concernés, 30 000 nouveaux inscrits par jour, 28,5 millions de personnes membres, 45 000 connectés à la seconde*** et pour paraphraser mon mentor Catherine Castro, le supermarché du cul pour les mecs, le seul point de chute, la dernière chance, pour les filles. On veut tous être en couple et si nos réflexions étaient un peu plus longues que le fil de notre fer à repasser, on se rendrait compte que finalement, le mariage, le couple c’est une aventure merveilleuse, pleine de surprises, d’embûches, de pièges mais aussi de récompenses, un reality-show façon « Tomb Raider » où Lara Croft, c’est nous et notre mission puisqu’on l’a acceptée : faire en sorte que le quotidien, la routine, les habitudes bonnes et mauvaises soient moins prévisibles, que ce tube de dentifrice ouvert ou ces chaussures qui traînent et vous font frôler le traumatisme crânien plusieurs fois par jour vous rappelant que la vie tient à peu de chose sont, finalement, une chance, celle d’avoir quelqu’un sur qui passer nos nerfs, d’avoir de bonnes raisons de crier, de se lâcher, juste avant de se blottir dans les bras de l’autre, sous la couette au chaud et confortable. Et si le couple, le mariage, c’était ça l’équilibre, ce qui fait que nous sommes des gens sains de corps et d’esprit, des gens bien sous tous rapports…

* Jean-Claude Kaufmann « Agacements, Les petites guerres du couple », éditions Armand Colin, 254 pages, 19,90 €.

** Catherine Castro « A bout de couple », éditions Denoël, collection Indigne, 156 pages, 10 €.

*** Sources Meetic.

Croire en l’amour n’implique pas de croire au couple

Rencontre avec Catherine Castro, écrivain – journaliste.

Côté Mômes. Votre livre : Enquête extralucide ou journal intime ?

Catherine Castro. L’expérience du couple, 80% des gens la vivent au quotidien, plutôt mal à en juger l’inflation de thérapies conjugales, l’apparition de métiers tels que le coach loving ou la consommation d’anti-dépresseurs. Le couple, je l’ai pratiqué comme tout le monde, donc il y a une part de vécu dans ce livre, mais mon métier de journaliste m’amène à regarder ce qui se passe dans notre société, du côté de l’intime. Ce livre est donc aussi une enquête.

CM. Selon vous, comment expliquez-vous que de telles généralités « volontairement » exagérées sur le couple soient si pertinentes, si appropriées et si vraies ?

CC. Les gens en couple s’ennuient plus que les autres. L’autre soir, j’étais dans un restaurant avec des copains. On se serait cru dans un sketch. Un couple près de nous ne s’est pas adressé la parole de la soirée. A notre table, il y avait deux couples, et trois célibataires : les couples sont rentrés se coucher à minuit, les célibataires sont allés boire des coups jusqu’à deux heures du mat. Nous sommes face à un paradoxe : les gens s’ennuient tellement ferme en couple qu’ils rêvent de dormir, de sortir seuls, et en même temps, dès qu’ils sont célibataires, ils n’ont qu’une idée en tête : se recaser.

 

CM. 8 ans pour un couple non-marié / 13 ans pour les autres : le couple, on ne sait pas quand ça commence mais on sait quand ça finit. Franchement, vous croyez l’amour compatible avec le mariage ?

CC. Confondre l’amour et le mariage est à mon avis une erreur. Le problème, c’est que souvent ils croient qu’ils le font pour ça, alors qu’ils se marient pour faire des mômes ou pour faire comme tout le monde. Une fille qui veut des enfants peut en toute honnêteté chercher le père de ses enfants, un géniteur. Pourquoi le bon géniteur devrait aussi être l’amant de ses rêves. Et inversement, pourquoi l’amant de ses rêves serait-il un père idéal. On mélange tout, on se ment et on souffre.

 

CM. L’amour, le couple, ça ne s’arrange pas avec le temps, comment nos enfants vont-ils s’aimer ?

CC. Comment le savoir…J’ai un fils de 16 ans, je me suis séparée de son père il y a dix ans, j’ai eu d’autres expériences de couple et de non-couple : il semble capable d’aimer, il tombe amoureux et il croit en l’amour. Cela me paraît plus intéressant et prometteur que de croire au couple.

CM. C’est libérateur d’écrire ce que tout le monde pense tout bas ? Hypocrisie sociétale ou fatalité acceptée du couple moderne ?

CC. Cela n’a pas été libérateur mais compliqué au contraire : oser penser à contre-courant n’a rien d’évident. On court le risque d’être mal compris : on m’a reproché par exemple d’avoir des problèmes avec les hommes. C’est dingue non ? Plus que de l’hypocrisie, c’est le signe d’un grand désarroi.

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