Enfants et thérapie : Maux tus et bouches cousues!

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Nombreux sont les enfants qui, plus ou moins régulièrement, ont rendez-vous chez une dame ou un monsieur qui tente de percer les mystères de leur comportement. Comprennent-ils ce qu’ils font là ? En retirent-ils un bien-être qu’ils peuvent s’expliquer ou ont-ils simplement l’impression de faire « plaisir » à leurs parents ? Nous avons recueilli quelques impressions auprès des premiers intéressés !

Enfant violent : Terreur des bacs à sable !

Hugo a aujourd’hui 7 ans. A l’entrée en maternelle, à 2 ans ½, son comportement change du tout au tout. A ce moment-là, il apprend que sa maman attend un autre enfant et que ses grands-parents divorcent. Il devient soudain agressif envers ses camarades et systématiquement oppositionnel face aux adultes. A tel point que ses parents ne peuvent plus faire face aux remontrances incessantes de l’école et aux crises perpétuelles d’Hugo. De culpabilité en désespoirs, de faux diagnostics d’hyperactivité en errances pour trouver enfin une aide efficace face à une souffrance parentale encore assez mal reconnue – avoir un enfant « perturbé » mais pas « malade » -, Hugo atterrit enfin au Centre de la Mère et de l’Enfant de Limoges où il suit depuis deux ans une thérapie de groupe. « J’aime bien aller au groupe voir les docteurs. Avant, j’aimais pas. On joue, on fait des trucs mais y’en a là-bas qui sont vraiment toc toc ». Si ça lui fait du bien ? Hugo se contente de hausser les épaules. A l’école, les choses se sont en tout cas nettement améliorées.
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Enfant déprimé : quand il refuse de coopérer

Chloé a 11 ans. Elle a de temps en temps des coups de déprime et dit parfois à sa maman -désespoir ou provocation ? – qu’elle va se suicider « puisque c’est comme ça ». Elle passe de longs moments enfermée dans sa chambre, avant de passer d’un coup à des états d’euphorie intense. Puis reviennent les « je suis nulle », « pas intelligente », « j’y arriverai pas ». Malgré l’inquiétude de sa maman, elle refuse catégoriquement d’aller voir un psy. Pourtant, elle accepte volontiers de répondre à nos questions.
Chloé, pourquoi refuses-tu d’aller voir un psy ?
Parce que ça sert à rien. Si c’est pour me faire faire des dessins, merci bien !
– Tu sais, à ton âge, il ne te fera plus faire de dessins, il parlera avec toi, essaiera de comprendre ce qui ne va pas…
– Mais je vais bien. Enfin je veux dire même si je lui parlais, il pourrait rien changer à ma vie, alors ça sert à rien.
– Peut-être qu’il ne pourrait rien changer mais il pourrait t’aider à être plus heureuse ?
– Ah ? Ben ça m’étonnerait, il pourra rien faire pour que j’aille plus à l’école, que je vive à la campagne, que je stresse plus, quoi !
Fin du dialogue, Chloé est déjà passée à autre chose.
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Enfant et psy : une prise de conscience difficile

Manon, 7 ans, voit un psy tous les 15 jours depuis trois mois pour cause de possessivité outrancière envers sa maman et d’« insubordination » envers les adultes en général. Elle sait pourquoi, et semble plutôt bien s’en porter !
– Tu aimes bien aller chez ta psy ?
– Oui, mais j’aime pas ce mot. Je l’appelle Nounou, c’est mieux !
– Ce n’est pourtant pas ta nounou ?
– Non mais c’est pareil, elle est gentille pareil et puis, tout ce que je lui dis, elle le répète pas.
– Ca te fait du bien d’aller la voir ?
– Beaucoup, c’est comme une copine. On dessine, on écoute de la musique, on parle, on fait des jeux et j’ai l’impression qu’elle m’aime bien.
– Pourquoi vas-tu la voir ?
– Parce que mes parents veulent. Et parce que j’étais pas sage.
– Ca va mieux maintenant ?
– Ben, je sais pas. Oui, je crois. J’ai entendu maman qui disait ça.
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témoignage d’enfant : Audrey, 10 ans, convaincue !

« J’étais tout le temps triste et je criais beaucoup. Alors papa et maman m’ont dit que j’allais aller voir quelqu’un pour parler. Au début, je ne comprenais pas pourquoi il fallait que je parle à quelqu’un, à quoi ça servait. Je préférais parler à mes copines. Et puis j’avais pas envie d’y aller. Maman s’est fâchée un peu en disant que ça pouvait pas durer comme ça. Maintenant ça fait plusieurs fois que j’y vais et j’aime bien, en fait. Je me sens plus calme. Mais je l’ai pas avoué à mes copines et des fois, c’est dur ne pas leur dire mais j’ai peur qu’elle se moquent de moi. »

Enfants en thérapie : ce que les parents en pensent

Chrystelle : « Rémi, 9 ans, a peur du noir depuis tout petit et s’endort avec une veilleuse. Il a aussi d’autres peurs, qu’il énonce très clairement : il dit qu’il voit des gens, même la journée, et il court parfois comme s’il était poursuivi pour se réfugier dans une autre pièce… Il croit que le ciel va lui tomber sur la tête… Je crois qu’il ne se sent pas en sécurité et nous avons donc pris rendez-vous chez un psy dans deux mois… A suivre ! »
Maïté : « Mon fils Guillaume, 5 ans, voit un psy depuis peu. Il y va un peu à reculons mais après 2 séances, il s’avère que se serait utile de persévérer… Peur du noir, bouderies, bagarres, insolence… Cela me soulage de le savoir entre des mains expertes… Mais lui ? Il est encore un peu tôt pour le dire. »
Sandrine : « Clément a 10 ans, il voit un psy depuis 5 ans maintenant. Il a suivi une thérapie individuelle qui n’a rien donné. Nous nous sommes donc lancés sur une thérapie de groupe. Lui est visiblement content d’y aller mais, personnellement, je ne vois pas d’amélioration. Depuis le 3 mois, il a des séances de microkiné qui l’ont mieux aidé. »

Ce que les enfants ne nous diront pas

Une séance chez le psy, pour un enfant, c’est pareil que pour un grand… Au détail près qu’au début de la thérapie, au moins, le psy reçoit aussi ses parents, ensemble ou séparément, pour mieux situer l’enfant dans son contexte familial. Le thérapeute fera régulièrement le point avec eux mais, en dehors de ces « bilans », tout ce que l’enfant lui aura confié restera strictement confidentiel… Ce qui explique pourquoi l’enfant se sent en sécurité pour lui parler – un des seuls moments où son comportement ne sera pas guidé par une institution ou jugé par ses parents -, ce qui rend aussi difficile le travail du journaliste qui cherche à savoir ce que l’enfant pense de sa thérapie et de son psy !

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